par Philippe Sansonetti

éditions Odile Jacob

site web : www.odilejacob.fr

Janvier 2017
224 pages

Tarif indicatif de 21,90 €

 

Nous vivons un phénomène historique. L’espérance de vie d’à peine 40 ans au début du XIXe siècle, est aujourd’hui autour de 80 ans, avec un envol du nombre de centenaires. Une petite fille sur deux nées aujourd’hui sera centenaire. Du sans précédent dans l’histoire de l’Humanité. Cela est dû en grande partie à l’éradication des maladies infectieuses dans beaucoup de pays du monde. Cet effondrement contribue à l’explosion démographique que nous observons et au vieillissement important de la population qui, d’ici 20 ans, atteindra 25 % du peuplement mondial. C’est le résultat de la mise en œuvre des idées de Louis Pasteur et de ses épigones qui ont identifié les agents infectieux et développé les vaccinations, l’hygiène et l’asepsie. Cependant, les défis restent énormes car la mortalité d’origine infectieuse demeure très élevée dans beaucoup de pays pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud.

Dans son ouvrage intitulé « Vaccins », Philippe Sansonetti, chercheur à l’Institut Pasteur et professeur au Collège de France, nous livre un plaidoyer pour les vaccins. Il décrit de façon vivante, attrayante et avec modestie, son expérience et ses réflexions sur les vaccins et leur histoire. Dans son introduction, il rappelle le temps, encore si proche, où l’on mourait massivement de maladies infectieuses. Aujourd’hui, on a peine à imaginer les ravages de la variole, de la peste, du choléra, de la tuberculose, de la diphtérie, de la coqueluche, du tétanos, de la fièvre typhoïde, et de bien d’autres maladies qui décimaient les enfants et les jeunes un peu partout dans le monde. Tel était le « monde d’hier », comme dit l’auteur qui rappelle ses souvenirs des urgences de l’hôpital Claude Bernard, du Walter Reed Army Institute of Research à Washington où il a travaillé comme chercheur, et de ses nombreuses missions en Afrique et en Asie. L’auteur raconte ensuite la saga des vaccinations, avec ses immenses succès, ses atermoiements, ses difficultés, parfois ses échecs. Il rappelle que le BCG a fait reculer la tuberculose dans le monde, l’extraordinaire efficacité des vaccinations contre la diphtérie et le tétanos, la poliomyélite, l’hépatite B, les méningites infantiles... Il narre les efforts de l’OMS pour coordonner des actions sur le terrain.
Le succès le plus éclatant de cette institution est l’éradication de la variole en 1977 après une campagne mondiale émaillée d’innombrables écueils. Voici une maladie qui, au XVIIIe siècle, faisait entre 200 000 et 600 000 victimes par an en Europe avec une mortalité de 25 à 45 %, et encore des millions de cas après la Seconde Guerre mondiale. Les mêmes efforts sont aujourd’hui déployés par l’OMS pour éradiquer la poliomyélite de la surface du globe grâce aux vaccins de Sabin et de Salk.

L’auteur taille en pièces les fausses idées qui souvent circulent sur Internet, les fausses questions, les allégations mensongères, l’irresponsabilité de certains, l’ignorance du passé récent, le caractère irrationnel de certains raisonnements comme « la nature fait bien les choses ». Hélas, elle fait aujourd’hui encore mourir de maladies infectieuses 50 % des enfants avant l’âge de cinq ans dans les pays pauvres. Philippe Sansonetti envisage ce que pourrait être un monde sans vaccins. Un cauchemar qu’on a oublié. Comment être contre les vaccins quand on voit que la mortalité infantile dans la première année de la vie, qui dépassait en France 300 pour 1 000 naissances au début du XIXe siècle, est aujourd’hui de 3,7 ?

Tout cela indique qu’il y a un besoin d’éducation de la population, mais aussi des soignants, car la prévention n’est pas suffisamment enseignée dans les facultés de médecine. Il convient de mieux sensibiliser la population aux bénéfices-risques des vaccinations pour éviter de voir réapparaître la diphtérie, la rougeole, la coqueluche… C’est à quoi s’attache cet ouvrage vivant et facile à lire.

PB