par Gilles Pialoux

Édition Perrin

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2025

430 pages

Tarif indicatif de 22,90 €

 

«Sept portraits, choisis en toute subjectivité, pour autant de destinées atypiques et singulières ; parfois universelles. Chez toute personne, connue ou méconnue, réside une part d’ombre parfois lumineuse, une face B. » Tel est le fil rouge qui a guidé l’écriture de ce livre. Son auteur est un médecin bien connu, le professeur Gilles Pialoux, chef du service d’infectiologie de l’hôpital Tenon, qui a consacré sa vie professionnelle à la lutte contre les maladies infectieuses, notamment lors des épidémies de sida et de Covid-19.

Quelles admirations ! L’auteur a fait un choix en apparence éclectique de personnages historiques célèbres ou méconnus, dont les biographies en réalité lui permettent d’aborder les grands thèmes d'actualité qui lui sont chers : découvreurs oubliés ou dépouillés, causes féminines, l’éthique médicale, la communication en temps de pandémies, la déportation et les survivants... Ainsi peut-on lire les biographies de Madeleine Brès, la première femme doctoresse en France, d’Alexandre Yersin, le découvreur du bacille de la peste, de Zénon Drohocki et de l’électrochoc dans les camps nazis de déportation, de James Miranda Stuart Barry, pionnière de la césarienne, de Marthe Gautier, découvreuse oubliée de la trisomie 21, de Marie Curie, première femme double prix Nobel de physique puis de chimie, et sa lutte au service des patients. L’auteur termine par Hippocrate de Cos, père de la médecine et de l’éthique médicale.

Gilles Pialoux narre les vicissitudes de la vie de ses protagonistes dans un style romanesque, qui nous rappelle qu’il est aussi un écrivain (auteur de deux romans), sans pour cela se départir de la vérité historique. Ses biographies sont, en effet, très bien documentées. Il y mêle de nombreuses réflexions personnelles sur leurs faces cachées et ambiguës. Il faut aussi relever l’originalité de la présentation, mêlant des événements de leurs vies avec des réalités d’aujourd’hui. À cela s’ajoutent des inter- views fictives de chacun de ses personnages, où l’auteur les interpelle sur des points sensibles.

L’auteur clôt son livre par un chapitre sur Hippocrate, le père de la médecine, qui a inauguré il y a 2 500 ans un art dépouillé de ses oripeaux religieux. Il rappelle la visite d’Hippocrate à Démocrite, considéré comme fou par la population d’Abdère, lui qui avait prétendu que la matière était faite d’atomes, et que l’âme même était constituée d’atomes d’air ! Propos séditieux insupportables pour les adeptes des religions. D’ailleurs, la plus grande partie de son œuvre fut détruite vers le troisième siècle de notre ère. Hippocrate conclura à l’absence de folie ! À l’instar des philosophes ioniens de Millet, qui affirmaient que tout phénomène observé a une cause naturelle, le tonnerre, la pluie, les tremblements de terre, les météorites, niant toute intervention divine, Hippocrate affirme que les maladies sont dues à des causes naturelles. Un pas de géant. Pour lui, la santé est le résultat d’un équilibre des humeurs qui peut être altéré lors de la maladie. Le rôle du médecin est de rétablir cet équilibre pour restaurer la santé. Les maladies sont donc liées à de nombreux facteurs, notamment l’environnement, le climat, les régimes alimentaires, l’hérédité... Ainsi, Hippocrate a-t-il instauré une médecine qualitative qui perdurera au moins jusqu’au XVIIe siècle, le siècle des Lumières de la médecine. C’est alors qu’on commence à peser, à compter le pouls, à mesurer la température du corps, à expérimenter. En entrant dans une ère de médecine quantitative, on découvre la circulation du sang, on commence à établir des tables de mortalité et de morbidité. Cela aboutira au XIXe siècle à une exploration du corps malade qui débute par l’auscultation au stéthoscope de Laennec, et se poursuit notamment par la découverte de l’infiniment petit par le microscope qui mettra bientôt au jour le rôle des microbes à l’origine des maladies infectieuses. Suivra notamment la radiologie et l’imagerie médicale, toujours plus sophistiquées aujourd’hui.

Vous avez compris. Gilles Pialoux n’est pas un historien comme les autres. D’ailleurs il termine son livre par un abécédaire de quelques oubliées du grand public, depuis Agnodice, première femme travestie exerçant la médecine et qui échappe de peu à la peine capitale pour cela, jusqu’à la chinoise You-You, la découvreuse d’un antipaludéen majeur, prix Nobel 2015. On voit qu’il reste du pain sur la planche à l’auteur pour poursuivre son travail d’historien de la médecine à travers des personnages qu’il convoque, parfois ordinaires, mais au destin hors du commun.

 

Patrick Berche